Le bonheur et la joie

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Entre deux excès...

Il me semble que nous rencontrons souvent deux réponses qui sont trop radicales et unilatérales pour être justes, mais qui contiennent chacune leur part de vérité. Pour les uns, le christianisme est le seul chemin vers le bonheur. Croire, c'est entrer dans la joie et c'est s'ouvrir à une vie nouvelle qui est comme un grand jardin rempli de roses. Si vous voulez être heureux, croyez en Jésus-Christ et vous serez dans la joie pour le restant de vos jours. Vous irez de succès en succès, portés par les anges qui ne permettront jamais que vous ne butiez sur les cailloux du chemin. Si cette approche peut correspondre à ce qui est ressenti par le croyant dans les premiers temps de sa foi, l'expérience a tôt fait de le ramener à la réalité. Les cailloux du chemin ne s'effacent pas devant lui et la foi elle-même semble parfois les faire sortir de terre. C'est qu'on oublierait facilement que les chrétiens sont les disciples d'un Seigneur crucifié et que les disciples ne sont pas plus grands que leur maître.

Le danger serait alors de tomber dans l'excès inverse et de ne plus souligner que les rigueurs de la marche avec le Christ. La foi est une vie d'obéissance qui peut mener à la persécution et la fidélité suppose bien des renoncements. Nous sommes loin du bonheur promis par les publicités et même par certains évangélistes. On ne parle plus alors ni de bonheur ni de joie car cela pourrait donner l'impression d'un marché avec Dieu, d'une démarche intéressée.

Et pourtant, il suffit de lire la Bible, de l'Ancien Testament au Nouveau, pour voir que l'on parle fréquemment du bonheur et de la joie. Certes, l'essentiel n'est pas la recherche du bonheur, mais l'obtention, par grâce, d'une vie authentique. Or, cette vie a précisément pour corollaire le bonheur et la joie.


Le bonheur ou la joie...

Bonheur et joie sont deux notions que l'on retrouve dans la Bible et qu'il n'est pas toujours facile de distinguer. Le bonheur décrit une sorte d'état, quelque chose de stable qui dure. Si, pour beaucoup de nos contemporains, le bonheur est d'être riche et bien portant, donc dépendant des circonstances, pour les philosophes de l'antiquité comme pour bien des théologiens, il correspond à l'état de celui qui est en accord avec son être profond, en parfaite harmonie avec ce qu'il est appelé à être et, dans une approche chrétienne, avec Dieu lui-même. Cette harmonie qui produit la paix et la sérénité est donc indépendante des circonstances extérieures. Il y a dans la Bible de nombreuses béatitudes, ces formules qui commencent par "heureux celui qui..." C'est ainsi, par exemple, que commence le premier psaume. Mais on connaît surtout les Béatitudes prononcées par Jésus (Matthieu 5:1-12). Elles sont largement paradoxales et disent : heureux les pauvres, les affligés, les persécutés etc... Nous sommes donc conduits vers un bonheur qui est bien au-delà des simples événements heureux qui peuvent survenir. Nous verrons qu'il s'enracine en Dieu lui-même et dans sa promesse.

La joie est avant tout un sentiment éprouvé qui peut, en s'intensifiant, devenir jubilation. C'est ainsi que l'on tressaille de joie ou d'allégresse" (Psaumes 96:11 ; Luc 10:21 etc...). On pourrait dire que la joie, c'est du bonheur vivant. C'est Jean qui parlera surtout de la joie, mais il s'agit de tout autre chose que d'une joie passagère. Cette joie que Jésus apporte est une joie qui dure, que rien ne pourra ôter (Jean 16:22) , une joie complète. Et on sait à quel point Paul, dans son épître aux Philippiens, reviendra sur ce thème en accentuant l'aspect volontaire "réjouissez-vous !" (Philippiens 3:1, 4:4...) et il ira jusqu'à dire : "soyez toujours joyeux !" (1 Thessaloniciens 5:16). Ces deux dimensions de la même réalité se retrouvent donc dans la Bible et il serait dangereux de vouloir les distinguer avec une trop grande rigueur.


Les mots et les choses...

Cela dit, nous savons bien qu'il ne suffit pas de dire les mots pour que les choses soient. Dire qu'il existe une joie chrétienne ne veut pas dire que tout chrétien est nécessairement joyeux. On aurait envie de paraphraser le prophète : il y en a qui disent joie, joie, et il n'y a pas de joie. Lorsqu'elle existe et là où elle existe, elle n'est pas le résultat automatique de mon identité ou de mon appartenance à l'Église (je suis chrétien, donc joyeux), mais une expérience du coeur qui peut être ou ne pas être, et tout discours artificiel sonnera creux. L'important n'est pas dans les mots, mais dans la réalité de la vie. Il s'agit d'entrer dans les chemins de la joie.

La joie ou le bonheur sont liés à l'expérience concrète de la vie chrétienne.


Les formes de la joie...

C'est pourquoi, il y a d'abord, et c'est sans doute l'expérience la plus universelle, la joie initiale de la conversion, cette joie de la rencontre avec Dieu et de la conscience du pardon. Joie première, bouleversante mais qui ne dure pas nécessairement et qui s'efface peu à peu. Vient ensuite la joie de la communion avec Dieu, joie de Sa présence et de la certitude de son amour. Il y a abondance de joie devant ta face, des délices éternels à ta droite (Psaumes 16:11). Il faut ici souligner le lien particulier qui existe entre la joie et le Saint-Esprit. Les disciples sont remplis de joie et d'Esprit-Saint (Actes 13:52) et la joie est présentée, juste après l'amour, comme un fruit de l'Esprit dans la célèbre liste de Galates 5:22. L'évangile de Jean nous rapporte cette parole de Jésus : Demeurez dans mon amour. Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour comme j'ai gardé les commandements de mon Père et que je demeure dans son amour. Je vous ai parlé ainsi afin que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète (Jean 15:9-11). C'est la communion réelle avec le Père, avec Jésus et avec l'Esprit qui donne la joie. S'il faut préciser "réelle", c'est que, là encore, il ne suffit pas de le dire, mais c'est dans la pratique de la "présence de Dieu" et de la présence "à" Dieu que la joie grandit.

Cette communion se développe dans la confiance radicale en Dieu pour le présent et pour l'éternité. Nous savons que sa présence est une présence attentive à tout ce qui peut survenir, comme le dit Paul : que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu (Romains 8:28) et cela même si ce bien n'est pas celui que nous attendons. Cette confiance est aussi liée à la certitude absolue que rien ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ (Romains 8:39). Car la victoire est déjà remportée. Nous savons, même s'il nous faut encore prier pour cela, que le Règne viendra et que Sa volonté sera faite sur la terre comme au ciel. Les souffrances, les difficultés, les échecs que nous pouvons connaître n'auront pas le dernier mot et c'est pour cette raison que la joie dépasse et surmonte les aléas de l'existence. Pierre peut ainsi inviter les destinataires de sa lettre à se réjouir de participer ainsi aux souffrances du Christ (1 Pierre 4:13) et Jacques écrit : Mes frères, considérez comme un sujet de joie complète les diverses épreuves que vous pouvez rencontrer, sachant qu'elles participeront à l'édification de la foi (Jacques 1:2). Autant il est capital de connaître cette perspective, autant il faut être prudent et ne pas aller trop vite. Il faut une grande expérience de la présence et de l'amour de Dieu pour entrer dans cette joie. Sinon les mots ne seront que des mots et risquent de sonner un peu creux. C'est cette joie que nous décrit François d'Assise dans son texte célèbre sur "la joie parfaite". Elle ne dépend pas des circonstances positives et demeure alors même que tout se retourne contre le croyant. La joie qui demeure est alors parfaite car enracinée en Dieu seul.


La foi, l'espérance et l'amour...

Les Béatitudes nous ouvrent elles aussi à cette dimension de ce qui vient. Elles nous parlent en même temps de notre présent et du Royaume à venir. Heureux les pauvres selon l'esprit, car le Royaume des cieux est à eux, heureux ceux qui pleurent car ils seront consolés (Matthieu 5:1-12). Le bonheur est un bonheur à la fois futur et présent. Mais son actualité dépend de la foi et de l'espérance dans la promesse de Dieu.

Fruit de l'Esprit, la joie est don de Dieu. Mais elle se reçoit et se vit dans l'expérience et l'approfondissement de la vie chrétienne dans la triple dimension de foi, d'espérance et d'amour. La foi, parce que la joie est liée à la confiance fondamentale dans le Dieu d'amour et en sa grâce pour nous en Jésus-Christ. L'espérance car la joie repose sur la promesse et la certitude que tout finira bien lorsque Dieu sera tout en tous, et cela quels que soient les méandres actuels de la vie et de l'histoire. Il y a ainsi une joie des profondeurs qui ne dépend pas des vagues et de l'agitation de la surface. L'amour enfin car aimer, c'est agir comme le Père et avec lui ; cet amour est indissociable de la communion avec Dieu. Pour que la joie du Christ soit en nous et qu'elle soit complète, il faut garder ses commandements et voici son commandement : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés (Jean 15:12). Aimer, c'est devenir fils du Père, c'est agir comme Jésus et c'est porter les fruits de l'Esprit, voilà pourquoi l'amour et la joie son indissociables et résident précisément dans cette communion qui nous est accordée comme un don.


Réjouissez-vous...

C'est une autre proximité entre la joie et l'amour. L'un et l'autre sont à la fois don de Dieu et commandement adressé aux croyants Cette joie que nous donne le Christ il nous faut la recevoir, l'exercer et veiller sur elle comme on veille sur la flamme pour qu'elle ne s'éteigne pas.. Car la joie et la paix, sont des indices de communion avec Dieu et de la réalité de notre vie avec Lui. Mes frères, considérez comme un sujet de joie complète les diverses épreuves que vous pouvez rencontrer, sachant qu'elles participeront à l'édification de la foi. 

 


Auteur : Louis Schweitzer

 

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19/01/2019
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